Réélection de Benchamach: Une majorité en carton

Hakim Benchemas - © Ph : MAP

Le soutien de quatre partis de la majorité au candidat de l’opposition, Hakim Benchamach (PAM), à la présidence de la Chambre des conseillers ébranle davantage l’Exécutif de Saâd Eddine El Othmani.

Nouveau coup dur pour le gouvernement de Saâd Eddine El Othmani. Le secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM), Hakim Benchamach, a été reconduit ce lundi 15 octobre 2018 à la présidence de la Chambre des conseillers -il a obtenu 63 voix sur les 91 exprimées, contre 19 pour son adversaire du Parti de la justice et du développement (PJD), Nabil Chikhi, et 28 abstentions. Une réélection que le concerné, qui occupe le perchoir de la deuxième chambre du parlement depuis octobre 2015, a considérée comme «un gage de confiance dans la continuité et dans la construction sur l’accumulation», mais qui par ailleurs illustre la situation de déchirement interne de l’Exécutif.

Candidature commune indésirable
En effet, si M. Benchamach a pu conserver sa fonction alors même que son parti, dans l’opposition, ne dispose que de vingt-trois conseillers, soit près d’un cinquième seulement des conseillers (cent vingt au total), c’est grâce au concours conjoint des quatre partis de la majorité que sont le Mouvement populaire (MP), le Rassemblement national des indépendants (RNI), l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et l’Union constitutionnelle (UC), qui comptent respectivement dix, huit, cinq et trois conseillers. Dans une réunion tenue le 11 octobre, les représentants de ces partis avaient refusé la proposition de M. El Othmani de désigner un candidat commun en la personne de M. Chikhi. Ce dernier, qui par ailleurs préside le groupe parlementaire du PJD à la Chambre des conseillers, a regretté dans un article publié le 12 octobre sur le site web de son parti cette décision, dans la mesure où une candidature commune aurait été de nature selon lui à envoyer un message positif à l’opinion publique et à dépasser nombre de manifestations d’incongruité qui, à le croire, auraient accompagné la précédente élection de M. Benchamach.

Car il faut dire que déjà, en son temps, cette élection avait constitué un échec pour la formation islamiste, d’autant que le PAM représente pour lui, depuis sa création en juillet 2008, une manifestation du «tahakkom», terme arabe qui renvoie à la prétendue mainmise de l’administration et en l’occurrence du ministère de l’Intérieur sur le jeu politique.

Le Parti de l’Istiqlal (PI), qui avait pour sa part été le premier à présenter un candidat, le 3 octobre, en la personne de l’ancien ministre de l’Artisanat, Abdessamad Kayouh, s’est ravisé à J-3 sur décision de son comité exécutif.
Ce dernier, suite à sa réunion du 12 octobre, a publié un communiqué où il dit «refuser de sanctionner la logique de l’opacité et du flou politique», dans la mesure où l’absence d’un candidat de la majorité minerait la crédibilité du scrutin. «La concurrence électorale saine (...) ne peut s’établir en l’absence d’un candidat de la majorité et d’un pluralisme réel basé sur des programmes convaincants et des positionnements clairs entre la majorité et l’opposition,» a-t-il regretté. Rappelons que M. Kayouh avait failli l’emporter il y a trois ans face à M. Benchamach, qui n’était sorti victorieux qu’à une voix de différence (58 suffrages contre 57 pour son adversaire istiqlalien). Cette élection du secrétaire général du PAM n’est pas sans rappeler celle, en janvier 2017, du président du conseil national de l’USFP, Habib El Malki, à la présidence de la Chambre des représentants.

Appels à démission
En plus du soutien de son parti, l’ancien ministre de l’Agriculture et ancien ministre de l’Education nationale avait bénéficié de l’appui du RNI, du MP et de l’UC, alors même que l’USFP était dans la ligne de mire du secrétaire général d’alors du PJD, Abdelilah Benkirane, qui refusait de l’intégrer dans le gouvernement que le Roi Mohammed VI l’avait chargé, en octobre 2016, de former -ce qui sera, par ailleurs, à l’origine du blocage de cinq mois dans les tractations et conduira au limogeage du leader islamiste et à son remplacement par M. El Othmani en mars 2017.

Le refus des quatre partis susmentionnés de se rallier à la candidature de M. Chikhi vient d’autant plus s’ajouter aux nombreuses crises qui, au cours des mois précédents, ont ébranlé la majorité. Lors de l’université d’été qu’avait organisée son parti les 21 et 22 septembre 2018 à l’Université privée de la ville de Marrakech, le ministre RNI de la Jeunesse et des Sports, Rachid Talbi Alami, s’était notamment attaqué au PJD et à son «projet, intrus, qui porte un titre, celui du nationalisme arabe, qui a commencé dans les années 1960 et n’a pas réussi», ce qui lui avait valu des appels à démission de la part de nombreux dirigeants islamistes. Le PJD a également été accusé d’avoir orchestré la campagne de boycott qui, depuis le 20 avril, vise les stations-services de la société Afriquia, dont le propriétaire n’est autre que le secrétaire général du RNI, Aziz Akhannouch.

Ce dernier avait d’ailleurs pris à parti lors de l’université d’été de son parti, sans le nommer, son «allié» islamiste. Il semble bien que la charte de la majorité, que les six partis qui en sont membres avaient signée en février 2018 en présence des médias nationaux, ait depuis bien longtemps volé en éclats, sachant que le PJD a également maille à partir avec le Parti du progrès et du socialisme (PPS), qui reproche à M. El Othmani d’avoir fait relever Charafat Afailal de ses fonctions de secrétaire d’Etat à l’Eau -décision entérinée par le Palais le 20 août- sans l’en avoir préalablement avisé. Reste à savoir si le gouvernement est assez résilient pour résister à d’autres secousses

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