Les relations Franco-Marocaines dans une mauvaise passe

Crise grave ou simple bouderie ?


Jean-Yves Le Drian et Nasser Bourita à Rabat.

Si les intérêts de la France sont importants dans le Royaume, ses parts de marché se contractent d’une année sur l’autre.

Oui, entre Rabat et Paris, il y a ce que l’on pourrait appeler les fondamentaux. Des relations politiques qualifiées traditionnellement d’excellentes depuis des décennies; des rencontres de haut niveau régulières entre les chefs de gouvernement des deux pays; de multiples visites de responsables; des liens économiques étroits illustrés par quelques filiales d’entreprises françaises -dont la majorité des groupes du CAC 40- ou encore le rang de la France comme principal investisseur étranger, soit pratiquement un tiers des flux des IDE; enfin, une coopération culturelle, scientifique et technique en tête de la politique de Paris à l’international. Avec la 14ème session de la Haute Commission Mixte, prévue au mois de décembre 2019, il faut s’attendre à une consolidation de ce partenariat qui se veut d’exception; la précédente réunion a eu lieu en novembre 2017. Ce rendez-vous a été préparé à la mi-septembre par la visite à Paris, de Mounia Boucetta, alors Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères.

En-deçà du discours officiel
Enfin, un voyage du président Macron a été annoncé en juin, mais pour l’heure aucun agenda précis n’a été communiqué. Tout cela conforte le socle des rapports entre Rabat et Paris. Il faut y inclure également une autre composante majeure même de nature diplomatique: celle du soutien total de la France à la cause nationale du Sahara aux Nations-Unies et en particulier au Conseil de sécurité, dont elle est un membre permanent. Cela vient de nouveau de se vérifier il y a quelques jours avec les délibérations puis l’adoption, le 30 octobre 2019, de la dernière résolution 2494 de cette haute instance onusienne. Cela dit, pour ce qui est des derniers mois, un certain nombre de signes paraissent illustrer une tonalité en-deçà du discours officiel lénifiant des deux côtés. Ainsi, la tonalité de certains propos du ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian, lors de sa conférence de presse à Rabat, le 10 juin 2019, n’a pas manqué de nourrir une gêne. Interrogé sur les visas, il a précisé que 400.000 avaient été délivrés, classant le Maroc au deuxième rang derrière la Chine. Et d’ajouter: «Va falloir prendre un peu d’élan si vous voulez rattraper les Chinois». Une phrase en trop que n’a pas manqué de relever, dit-on, Nasser Bourita, la jugeant quelque peu «paternaliste»...

Surtout que ces propos intervenaient une semaine après la déclaration de son homologue espagnol, Josep Borrell, à Fès, lequel sur cette même question avait présenté des «excuses» pour «les longs délais d’attente» pour les visas espagnols. Climat... Autre fait: l’agenda du ministre Le Drian lors de l’Assemblée générale des Nations-Unies, voici sept semaines. Le 22 septembre, il a reçu longuement au siège de l’ONU, le nouveau ministre des Affaires étrangères algérien, Sabri Boukadoum. Il a été question de la circulation des personnes, de l’investissement, de la situation en Libye, au Mali et au Sahara. C’était là le menu normal, pourrait-on dire; il recoupe celui de leur premier entretien, à Marseille, lors du Sommet des deux rives, le 24 juillet 2019.

Contraire à la tradition
Là encore, la crise actuelle en Algérie a dû être évoquée, même si aucune référence publique n’y a été faite. Il se trouve cependant que l’agenda du responsable de la diplomatie française n’a pas prévu, à New-York, une rencontre avec son homologue marocain, Nasser Bourita, contrairement à une tradition bien établie. Comment faut-il interpréter ce fait? L’édition du Forum d’Affaires Maroc-France à Dakhla, du 23 au 25 octobre 2019, organisée par la CFCIM et la région, a vu la participation de près de 300 opérateurs marocains, français et africains. La nouvelle ambassadrice française, Hélène Le Gal, en poste à Rabat depuis deux mois, n’y a pas participé -ses prédécesseurs non plus... On a vu pourtant le chef de la mission diplomatique française assister à des événements de moindre dimension, à travers le Royaume.

La prochaine réunion de la Haute Commission Mixte, dans les semaines qui viennent, sera sûrement l’occasion de remettre à plat le bilatéral et de lui donner un nouvel axe stratégique. Si les intérêts français sont importants dans le Royaume, les parts de marché se contractent d’une année sur l’autre. Des marchés comme celui du transport urbain à Casablanca ont été attribués à la société espagnole Alsa; ou encore celui de la désalinisation à Agadir, remporté par le groupe Abengoa, de Séville; sans parler du tronçon LGV Casablanca- Marrakech, où une entreprise chinoise serait la mieux placée. De la froidure dans l’air? Des nuages seulement? A dissiper en tout cas.


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