Le rétablissement du service militaire

Un levier social

Le service militaire n’est pas un «temps mort» dans le parcours des appelés. Ils seront pris en charge, encadrés, astreints à des règles et à des contraintes qui forment leur personnalité.

Voilà une décision royale qui prend forme et contenu. S.M. le Roi avait annoncé l’instauration d’un service militaire l’année dernière. Il a réitéré cette mesure devant le Parlement, le 12 octobre 2018. La loi a été adoptée par le Parlement. Et elle s’applique déjà avec l’opération des appelés lancée le 9 avril jusqu’au 7 juin 2019. Les principes devant présider à ce nouveau statut ont été définis par le Souverain. Quels sont-ils? Celui de l’égalité d’abord; celui d’une citoyenneté à part entière; enfin, celui d’en faire un vecteur et un levier d’une meilleure insertion couplée à une promotion sociale.

Le nouveau service militaire n’est pas un «temps mort» dans le parcours des appelés. Pas davantage, il ne bloque un cursus de formation ni un engagement professionnel. Il donne ainsi une valeur ajoutée à des milliers de jeunes.

Amélioration des compétences
Alors qu’il était de 18 mois entre 1999 et 2006 -année de sa suppression-, il est désormais limité à 12 mois. Il se distingue désormais par le contenu, autrement dit la formation dispensée. Deux modules ont été prévus à cet égard. Le premier, d’une durée de 4 mois, est assuré dans différents centres. Il s’articule autour de deux axes, l’un général (éducation nationale, histoire militaire...) et l’autre militaire (instruction, discipline). Le second module, lui, couvre 8 mois. Il débute durant un mois par une formation militaire technique. Celle-ci est élargie aux multiples missions pouvant être assurées dans le cadre de l’armée de réserve des FAR. Quant aux 7 autres mois qui restent, ils sont axés sur le développement et l’amélioration des compétences des appelés.

C’est cela, entre autres, l’un des grands acquis du service militaire. Des jeunes, de 19 à 25 ans, sont appelés; ils entrent dans un moule durant 12 mois -un format auquel ils doivent adhérer. A la fin de leur service, le changement sera perceptible, intériorisé. Pour une majorité d’entre eux, sans projet professionnel précis, ils auront gravi un échelon dans l’acquisition de compétences à travers les programmes afférents à leur formation professionnelle. Cette offre existait sans doute dans la vie «civile» mais elle sera à cette occasion soit complétée soit suffisamment attractive parce qu’elle n’aura pas su -ou pu- être motivante. Souvent, une partie de ces jeunes est désoeuvrée, sans emploi, dans la précarité et les petits boulots de l’informel.

Là, ils seront pris en charge, encadrés, astreints à des règles et à des contraintes auxquelles ils échappent d’ordinaire. Le strict respect des horaires, de la discipline et, plus globalement, de ce qu’il faut appeler le cahier de charges des appelés; de quoi pousser à la construction d’un nouveau profil mieux inséré tant dans la citoyenneté que dans l’instillation des valeurs.

Engagement et implication
C’est le lien social qui est ici en cause. Combien d’entre eux mesurent qu’ile ne sont pas seulement des «individus» dans un pays mais autre chose: des membres d’une communauté nationale. Avec son histoire longue, millénaire; avec son esprit national, sa profondeur culturelle et civilisationnelle; son référentiel aussi. Qu’ils le veuillent ou non, ils partagent un destin national, avec ses challenges et ses défis mais aussi une vision d’avenir.

Une communauté organique donc, appelée à préserver ses fondamentaux, à les consolider et à faire face à des risques et à des menaces pesant encore sur son unité, son indépendance, et sa souveraineté ainsi que son intégrité territoriale. Avec le service militaire -tel qu’il a été mis sur pied- les appelés quittent la «zone grise» de l’absentéisme pour investir le champ de l’engagement et de l’implication. Leur citoyenneté se ressource et elle ne sera pas frappée à terme d’obsolescence. Elle sera intériorisée, assumée et nul doute qu’elle sera un marqueur de la construction de leur personnalité.


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