Rêve espagnol ou cauchemar brésilien?


10 milliards de dirhams, première estimation pour l’organisation du mondial 2026


Beaucoup doutent de la capacité financière du Royaume à organiser la reine des compétitions footballistiques internationales.

“Entre 8 et 10 milliards de dirhams.” Le ministre de la Jeunesse et des Sports, Rachid Talbi Alami, n’a pas eu froid aux yeux au moment de donner, le 7 février 2018, son estimation du coût potentiel de l’organisation de la Coupe du monde, si tant est que la majorité des 207 associations membres de la Fédération internationale de football association (FIFA) appelées à se prononcer le 13 juin prochain à Moscou, en Russie, accordait son suffrage au Maroc. Et nul doute qu’il ne s’était jeté à l’eau qu’en connaissance de cause.

D’ailleurs, les médias nationaux s’étaient par la suite fait l’écho de la colère à son encontre de son collègue au gouvernement Saâd Eddine El Othmani, Moulay Hafid Elalamy, que le roi Mohammed VI avait désigné le 10 janvier à la présidence du comité de candidature à l’organisation de la Coupe du monde. Non seulement parce qu’il lui a, en quelque sorte, coupé l’herbe sous les pieds, puisque le ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie numérique devait faire un exposé le lendemain en conseil de gouvernement, mais aussi parce qu’il aurait levé le voile, sans que la chose n’ait encore été définitivement fixée, sur les estimations que ferait l’équipe de soixante-dix personnes planchant sur le dossier marocain depuis le mois de novembre.

Le Maroc prévoit-il donc d’organiser une Coupe du monde «low cost»? Car les chiffres avancés par M. Talbi Alami sont relativement bas si on les compare par exemple aux coûts des deux dernières éditions, qui avaient coûté plus de cinq fois plus en 2010 en Afrique du Sud et même quinze fois plus au Brésil en 2014.

Une estimation réaliste
Le mondial russe, prévu du 14 juin au 15 juillet prochain, devrait, lui, coûter la bagatelle de 12 milliards de dollars. Sauf à considérer que le ministre n’ait fait référence qu’aux coûts prévus pour la construction des huit stades répondant aux normes de la FIFA qui doivent encore voir le jour -à Casablanca, Marrakech, Oujda, Tétouan, Nador, Meknès, El Jadida et Ouarzazate, d’après ce qu’il avait annoncé- et qui viendraient compléter les six stades étant déjà sortis de terre.

Dans ce cas, et même si l’estimation demeurait basse au regard des Coupes du monde sud-africaine et brésilienne, elle n’en resterait pas moins réaliste, dans la mesure où le coût de la main d’oeuvre est beaucoup moins élevé au Maroc, et qu’il n’est pas entièrement fantaisiste d’imaginer des stades construits pour une moyenne d’un milliard de dirhams par stade. Moulay Hafid Elalamy avait ainsi, lors d’une conférence de presse qu’il avait donnée le 23 janvier 2018 à Casablanca pour présenter le logo officiel de la candidature marocaine, tenu à rassurer. «Il n’y aura rien dans le dossier qui ne serait pas concret et réalisable,» avait-il affirmé.

Avons-nous cependant vraiment les moyens d’organiser la Coupe du monde? Ou, pour poser la question autrement, est-ce vraiment une priorité que de mettre ses billes dans un événement qui a mis à genoux des pays autrement plus riches? L’Afrique du Sud et le Brésil, pourtant respectivement huitième et trente-quatrième puissances économiques mondiales (contre soixante-deuxième pour le Maroc), sont ainsi entrés, après avoir accueilli la compétition, dans une passe si mauvaise que le Conseil de la FIFA, organe législatif suprême de l’instance, avait décidé le 27 octobre dernier à Kolkata, en Inde, de modifier le règlement sur la procédure de sélection de l’hôte, de sorte à éliminer tout pays qui trouverait des difficultés à assurer, sans mettre son économie en danger, les frais nécessaires pour l’organisation.

Du concret et du réalisable
Dans ce sens, un groupe de travail ad hoc, comprenant notamment le président de la commission d’audit et de conformité ainsi que le président de la commission de gouvernance, a été mis en place afin d’évaluer les infrastructures (stades, installations à disposition des équipes et des arbitres, hébergement, transports et déplacements dont aéroport, opérations informatiques et technologiques, site du Centre international de diffusion et sites des FIFA Fan Fest) et les aspects commerciaux (coût estimé de la compétition, recettes estimées de la vente de billets et de formule hospitalité et revenus estimés de la vente des droits médias et marketing). À cet égard, les stades, et même s’ils s’accaparent 35% du score qui sera attribué par le groupe de travail d’évaluation, n’en demeurent pas moins insuffisants. Saisissant l’occasion de l’adoption, le 9 février dernier par le conseil communal de Rabat, du contrat ville hôte relatif à la candidature marocaine, les quatre conseillers FGD (Fédération de la gauche démocratique) présents audit conseil ont fustigé ce qui leur apparaît comme étant de la gabegie.

«S’il y a vraiment moyen d’obtenir davantage de financements, nous préférerions qu’ils soient investis dans des chantiers sociaux qui à nos yeux sont plus prioritaires, comme la santé, l’éducation, etc.,» nous déclare ainsi Omar El Hyani, un des quatre conseillers FGD en question (lire ailleurs). Le gouvernement El Othmani affirme cependant que les investissements prévus seront faits de façon intelligente. «On a lu beaucoup de choses sur des pays qui étaient candidats à l’organisation de la Coupe du monde et où il y a eu une grande déperdition d’argent. Ce ne sera pas le cas du Maroc! Il n’y aura que des investissements structurés et réfléchis qui peuvent être utiles lors des prochaines années», avait, ainsi, déclaré Moulay Hafid Elalamy.

Le ministre estime notamment que la Coupe du monde pourrait accélérer le développement économique du Royaume, à l’instar de ce qui s’est produit en Espagne après que le royaume ibérique ait accueilli la Coupe du monde de 1982.

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