Révolte à Tindouf

Le Polisario au bord de l'implosion

Les récents troubles dans les camps de Tindouf semblent préfigurer une situation explosive dans les hamadas algériennes.

L’histoire, disait Marx, bégaie. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il y a bien des airs d’histoire ces jours-ci dans les camps de Tindouf, dans le Sud-Ouest de l’Algérie, où depuis novembre 1975 le Front Polisario séquestre des milliers de Marocains du Sahara atlantique.

En effet, les manifestations qui embrasent actuellement ces camps dits «de la honte» ne sont pas sans rappeler celles que ces derniers avaient connues à la fin des années 1980 et qui avaient à l’époque poussé le mouvement séparatiste sahraoui à signer un accord de cessez-le-feu avec le Maroc en septembre 1991. Le contexte est quasiment le même: des manifestations en Algérie, sur fond de crise économique due à la chute du prix du baril de pétrole à l’international, et obligation pour la junte dirigeant la voisine de l’Est depuis son indépendance en juillet 1962 de se recentrer sur le front interne au lieu de continuer à s’en prendre au Royaume par le biais d’un conflit territorial -celui afférent aux provinces sahariennes marocaines correspondant à l’ancien Sahara espagnol- entièrement fabriqué dans ses officines. En l’absence du soutien militaire d’Alger, le Polisario n’a, pour ainsi dire, plus les moyens de tenir Tindouf. L’anarchie était visible dans le week-end du samedi 13 au dimanche 14 avril 2019, où de véritables affrontements ont éclaté en raison d’un différend intertribal dont les ressorts peuvent apparaître comme triviaux, puisqu’ils avaient trait à la propriété d’un lopin de terre non loin des camps, mais dont la lame de fond ne l’est sans doute pas.

Conflits intertribaux
Comme principaux protagonistes, on retrouve les confédérations tribales des Ouled Lahcen Ouhmad et des Ouled Moussa, parmi les plus importantes du Sahara marocain. Il ne serait sans doute pas exagéré de parler de guerre civile: les deux confédérations en question font partie des plus influentes au sein de la direction du Polisario. Aussi bien l’actuel secrétaire général du mouvement, à savoir Brahim Ghali, que son prédécesseur, Mohamed Abdelaziz, s’en sont servis pour asseoir leur pouvoir. Le premier cité, déjà fort contesté depuis quelque temps au point de faire reporter, en juillet 2018, le prochain congrès du Polisario pour ne pas se faire éjecter des commandes, ne s’arrange sans doute pas de la situation.

En dehors des conflits intertribaux, il voit également, depuis quelques semaines, plusieurs éléments de ses milices le laisser en plan. C’est le cas du capitaine Slamou El Mustapha El Bilal Ahdafa, officier adjoint du «commandant d’une katiba» de la soi-disant «gendarmerie» du Polisario, qui avait choisi de rallier, le 18 mars 2019, le Maroc en se présentant au niveau de la ligne de défense dans la zone de Farcia. Ce militaire de 29 ans avait à l’époque révélé que d’autres hauts gradés séparatistes voudraient également lui emboîter le pas.

Situation catastrophique
Si on ajoute à cela les insuccès diplomatiques du Polisario à l’échelle internationale, on pourrait dire que la situation est, à proprement parler, catastrophique pour les séparatistes.
Ces derniers sont, ainsi, tellement en mal de reconnaissance, du fait que de plus en plus de pays retirent leur reconnaissance de la pseudo «République arabe démocratique sahraouie» qu’ils avaient déclaré en février 1976, qu’ils se rabattent sur le mensonge pour un tant soit peu préserver les apparences.

On a, à cet égard, vu M. Ghali s’adonner à une supercherie grosse comme un camion au cours d’une visite qu’il a effectuée le 3 avril 2019 en Islande, dont il avait à titre privé rencontré la première ministre, à savoir Katrin Jakobsdottir, mais qu’il a tôt fait de présenter comme un déplacement officiel. La diplomatie du pays nordique le reprenait d’ailleurs rapidement en assurant le Maroc de sa neutralité par rapport au conflit du Sahara marocain et son souhait que ce dernier se règle conformément à la charte de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’absence de succès de la conférence de soutien que l’Afrique du Sud a voulu récemment organiser en sa faveur, contre la réussite tonitruante de la conférence ministérielle accueillie par le Royaume le 25 mars dans la ville de Marrakech autour dudit conflit -avec là encore un appui de plus de quarante pays africains au processus de règlement onusien- est ainsi là pour rappeler la réalité du terrain actuelle.

Pour s’assurer encore de ce qui se dit actuellement dans les chancelleries du monde, il faudrait se référer à cette petite phrase du président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, confiée au journaliste palestinien Abdel Bari Atwan, et dont l’idée, en substance, est que la communauté internationale n’est, valeur aujourd’hui, pas favorable à la création d’un Etat fantoche au sud du Maroc. C’est ce qu’on pourrait, en des termes plus politiques corrects, appeler du réalisme, et c’est justement ce que prône l’actuel envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU au Sahara marocain, Horst Köhler. L’ancien président allemand et ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) semble ainsi, au fur et à mesure, favoriser les thèses marocaines, non par penchant mais parce que ces dernières sont les plus justes et les plus conformes au droit international. Ainsi, si l’on considère toutes les possibilités mises sur la table et ce par toutes les parties prenant part au conflit du Sahara marocain, y compris l’Algérie, l’initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie du 11 avril 2007 est la seule qui permette une véritable autodétermination des populations de la région concernée, à travers différents organes législatifs, exécutifs et judiciaires.

Les thèses marocaines favorisées
Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, avait parfaitement souligné ce point au cours de la table ronde tenue dans la ville de Genève, en Suisse, les 21 et 22 mars 2019 justement à ce sujet. La présence d’Antonio Guterres à la tête de l’ONU est également un point positif, puisque l’ancien Premier ministre portugais connaît bien le sujet: en tant que Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés de juin 2005 à décembre 2015, il avait personnellement eu à gérer le délicat dossier des séquestrés de Tindouf.

C’est donc tout un engrenage qui, actuellement, est en train de se refermer sur le Polisario, d’où le fait que pour le mouvement, les troubles en Algérie sont particulièrement malvenus. Ces troubles pourraient, à vrai dire, tout simplement sonner son glas, et par là même mettre fin à une situation qui n’a que trop duré et qui n’a, en vérité, profité à personne, pas même à Alger.


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