Le Sahara marocain après la démission de Horst Köhler

Des acquis à consolider

Le nouvel envoyé personnel d’Antonio Guterres doit faire l’objet d’un consensus des quatre parties au conflit. Sera-t-il rapidement désigné?

Assurément, la démission de Horst Köhler de ses fonctions d’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, le mercredi 22 mai 2019, a été une surprise. Nommé officiellement voici vingt mois, en septembre 2017, il s’était beaucoup investi dans la recherche d’un règlement politique négocié du différend artificiel du Sahara, marocain créé et entretenu par l’Algérie depuis plus de quatre décennies. Il a invoqué officiellement des raisons de santé. Qu’en est-il au vrai tant cette explication a été plutôt accueillie et commentée de manière passablement dubitative?

Connaissance approfondie
Il reste que le fait est là et qu’il faut en prendre acte. Il faut observer, pour commencer, que sa méthode n’a pas porté ses fruits comme il l’espérait au départ. Il a tenu à avoir des rencontres avec chacune des quatre parties prenantes (Maroc, Algérie, Mauritanie, mouvement séparatiste). Puis il a initié un dialogue -en panne depuis plus de six ans- entre elles et ce en organisant deux tables rondes, en Suisse, en décembre 2018 et en mars 2019). Il avait aussi prévu un troisième rendez-vous, suivant le même format, au début de l’été.

Des avancées ont pu être relevées par ses soins mais elles n’ont porté que sur la forme; rien de bien significatif n’a été en effet enregistré sur le fond, à savoir le processus de règlement, ses conditions et ses modalités. Une situation qui a été critiquée par le Maroc, peu soucieux de continuer à se plier à un agenda sans portée concrète.

Mandat écourté
En tout cas, se pose la question du successeur de Horst Köhler. Qui? Et pour quoi faire? Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, paraît désireux d’aller vite pour pourvoir le poste. Selon les indications disponibles, ce devrait être un diplomate de nationalité européenne dans la mesure où l’Allemand Horst Köhler n’a eu qu’un mandat écourté.

Dans la tradition onusienne, le principe de rotation entre les Etats-Unis et l’Europe pousse dans ce sens, le prédécesseur de Köhler étant l’ambassadeur américain Christopher Ross. Cette règle va-t-elle être strictement respectée? En tout cas, le nouvel envoyé personnel d’Antonio Guterres doit faire l’objet d’un consensus des quatre parties au conflit. Sera-t-il rapidement désigné? Le secrétaire général de l’ONU oeuvre dans ce sens en multipliant les contacts et les concertations pour arriver à un profil: consensuel. C’est qu’il y a chez lui le souci de conforter la dynamique de dialogue initiée par ce que l’on appelle le processus des tables rondes de Genève puis dans la banlieue genevoise.

Voilà bien un acquis qu’il faudra conforter et même consolider. Il y a là des avancées qui ont été engrangées après bien des années de «panne» N’y figurent point d’autres initiatives lancées par Horst Köhler, notamment celles-ci: association de l’Union africaine à la recherche d’une solution -et même un certain temps de l’Union européenne-; extension du mandat de la MINURSO à ce même processus en lui confiant toute liberté de contact sur le terrain,... Le Maroc a fini par obtenir gain de cause à ce sujet lors du sommet africain de Nouakchott, le 31 juillet 2018, qui a prévu une troïka pour le suivi de l’évolution de la question nationale.

Responsabilité algérienne
Dans tous les cas de figure, le nouvel envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU entreprendra sa mission sur ces bases-là. Il lui appartiendra d’oeuvrer dans ce sens en prenant connaissance de manière approfondie et conséquente des termes de référence de ce dossier. Apportera-t-il du nouveau quant à la méthode? Se posera dès sa prochaine nomination le problème de l’organisation de la troisième table ronde, déjà prévue dans l’agenda de Horst Köhler en mars dernier. Cela commande qu’Antonio Guterres arrive dans les prochaines semaines à faire agréer ce nouvel envoyé personnel.

Pour autant, les difficultés ne manqueront pas par suite de la conjoncture particulière qui prévaut depuis des mois dans la région. Une visite de contacts sera-t-elle possible? C’est qu’en Algérie, depuis la révolution du 22 février, qui dirige ce pays? Quelle autorité est fondée à porter la parole officielle et, le cas échéant, à prendre des engagements d’implication répondant aux recommandations du Conseil de sécurité telles qu’elles ont été réitérées dans la résolution 2468 du 30 avril 2019?

Il sera donc difficile à quelque responsable officiel du pays voisin de sortir de ce périmètre-là, de revenir et de contester le fait que l’Algérie est partie prenante avec une responsabilité essentielle et de tenter de mettre en avant la chimère d’un référendum d’autodétermination qui a été abandonné depuis 2006 par l’ONU parce qu’il était irréalisable, irréaliste et impraticable. Ce qui s’impose aujourd’hui, ce n’est rien d’autre que la recherche d’un compromis politique en vue d’une solution réaliste, pragmatique et durable.

Porter la parole officielle
Il faut encore rappeler que le Conseil de sécurité a opposé de nouveau une fin de non-recevoir aux références récurrentes de l’Algérie et du mouvement séparatiste en ne mentionnant pas un «référendum» et en citant une seule fois «autodétermination». La cause est entendue par cette haute instance onusienne: ces deux termes ne sont en effet ni réalistes ni pragmatiques ni mutuellement acceptables et ne peuvent a fortiori participer d’une solution de compromis.

Au final, quel sera l’agenda dans les prochaines semaines? La désignation d’un nouvel envoyé personnel, la présentation par le secrétaire général de l’ONU à la fin juillet d’un rapport sur l’état d’avancement des négociations tenues sous ses auspices et un rapport en octobre prochain sur la situation dans le Sahara marocain.


Laisser un commentaire