Scandale de l'orphelinat Dar Atfal de Sidi Bernoussi, à Casablanca

Une bombe à retardement sociale

Infesté de rats et de cafards, le centre est devenu le refuge des chiens errants qui cohabitent avec les 300 pensionnaires de l’établissement. Tout manque à ces derniers: la nourriture, les habits, les médicaments et les fournitures scolaires. Un drame social qui ne dit pas son nom.

Décidément, les orphelinats au Maroc sont des endroits maudits. On se souvient tous de l’orphelinat de Aïn Chock, à Casablanca, qui avait suscité un énorme scandale après la visite royale surprise en avril 2005. S.M. le Roi Mohammed VI, sous le choc, avait alors découvert un endroit en ruines avec des conditions de vie inhumaines. Le bâtiment de l’orphelinat, menacé par l’effondrement, a été totalement rasé en 2016. Ses pensionnaires, qui étaient au nombre de 500, s’étaient retrouvés dans la rue. Les plus chanceux ont pu rejoindre d’autres établissements. Trois ans plus tard, c’est un autre orphelinat casablancais qui risque probablement de connaître le même sort.

Face à l’incertain
Il s’agit de l’orphelinat de Sidi Bernoussi, désigné sous le nom Dar Atfal. Un endroit aussi sale et délabré que son ancêtre de Aïn Chock. Infesté de rats et de cafards, le lieu est aussi devenu le refuge des chiens errants, qui cohabitent avec les pensionnaires. Tout manque à ces derniers: la nourriture, les habits, les médicaments et les fournitures scolaires. L’édifice, qui n’a jamais été entretenu, menace ruine. En juillet 2019, la situation de l’orphelinat a empiré. L’Association de bienfaisance, qui s’occupait de la gestion des lieux, a claqué la porte. Ne trouvant plus les moyens financiers pour faire face aux besoins des pensionnaires, les membres de l’association ont jeté l’éponge. Anwar Fathi, l’un des responsables de l’orphelinat, explique que le départ de l’Association de bienfaisance a provoqué un véritable séisme chez les pensionnaires.

Au nombre de 300, dont l’âge varie entre 4 et 17 ans pour les mineurs et 18 et 30 ans pour les adultes, ces pensionnaires font désormais face à l’incertain. Début septembre 2019, le personnel de l’orphelinat, dont les salaires n’ont pas été payés depuis plusieurs mois, est entré dans une grève ouverte. Mais cette phase d’incertitude semble connaître des moments d’apaisement depuis fin septembre 2019. Selon Anwar Fathi: «un huissier de justice, désigné par le tribunal de première instance de Casablanca, a pris ses fonctions au sein de l’orphelinat». Il a pour mission d’apporter des solutions aux problèmes des pensionnaires.

«Il a déjà établi la liste des doléances et a promis des réponses dans les plus brefs délais. Les autorités locales ont également promis d’intervenir pour aider par des moyens matériels et logistiques», précise Anwar Fathi, lui-même un ancien pensionnaire de l’orphelinat. Mais, bien que les choses commencent légèrement à s’arranger, cet orphelinat vit une crise humanitaire sans précédent. Sur les réseaux sociaux, la mobilisation s’organise pour acheminer de la nourriture aux pensionnaires de l’établissement. Anwar Fathi évoque également un problème de réinsertion professionnelle pour les jeunes de l’orphelinat, ce qui ne permet pas à l’établissement de recevoir de nouveaux pensionnaires et évoque dans ce sens des problèmes de surpopulation dans les locaux, «Il y a plusieurs jeunes avec des diplômes ou des CV intéressants qui peuvent profiter de la fonction publique, commencer une nouvelle vie et quitter l’orphelinat mais ils demeurent toujours sans travail et sont obligés de rester ici», conclut-il.

Une tâche compliquée
Il y a quelques années, l’orphelinat de Sidi Bernoussi était un exemple de solidarité sociale qui accueillait plus de 500 pensionnaires dont la plupart sont des enfants orphelins ou abandonnés qui essayent de retrouver une nouvelle vie loin des affres de la rue et des regards accusateurs de la société. Avec ses cinq ailes, l’orphelinat affichait plutôt une organisation et une structure qui ne souffrait daucune faille. En principe, à 18 ans, le pensionnaire doit quitter les lieux. Mais la plupart d’entre eux n’ont pas de foyer d’accueil et ne pouvant pas encore s’assumer financièrement. Ils préfèrent alors rester au centre. Occupant une superficie de plus d’un hectare, le complexe au départ était destiné à trois catégories de pensionnaires: les filles, les garçons et les personnes âgées. Très vite, cette idée fut oubliée devant la complication de la tâche pour n’en faire finalement qu’un orphelinat pour garçons. Le complexe social est assez récent. Il a été construit en 1982 et a ouvert ses portes quatre ans plus tard. 40 millions de dirhams, c’est l’enveloppe qui a été dépensée pour terminer l’ouvrage et créer des projets pour faire survivre l’orphelinat. Le centre fonctionnait grâce à trois principales sources de financement: des loyers en provenance de biens immobiliers qui appartenaient à l’Association de bienfaisance, une subvention des communes et les intérêts d’une somme bloquée auprès des banques.

Mais tout cet argent ne suffisait pas à combler les besoins de l’orphelinat. A elle seule, la masse salariale s’élève à 1 million de dirhams. Le manque de ressources se ressent ainsi à tous les niveaux. Avec le temps qui passe et devant l’absence des bienfaiteurs, l’endroit se détériore progressivement pour arriver à la situation lamentable dans laquelle il se trouve actuellement. Un drame social qui ne dit pas son nom sachant que le gouvernement marocain, qui demeure encore muet et inactif, vient d’organiser les premières assises nationales pour le développement humain.

Un événement qui consacre, cette année, la petite enfance et son rôle pour le développement du pays. Avec le scandale de l’orphelinat de Sidi Bernoussi, le désastre de son ancêtre de Aïn Chock risque de se produire.


1 commentaire

  • ben mhammed

    11 Octobre 2019

    Entre temps ,un nombre de sans scrupules qui ne depasse pas les doigts des deux mains vont engloutir la somme de 550 millions de centimes comme primes de départ pour leur incompétence criarde et éprouvée.sans parler de leur retraite confortable qu’ils vont toucher sur plusieurs décennies alors que la plupart des Marocains croupissent sous les dédales de la pauvreté ,l ignorance et le sous développement .À tous les damnes du maroc a tous les noyés de la harga voici vos bourreaux.

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