Signature du traité de la zone de libre-échange Africaine

Le recadrage de Nacer Bourita

La prétendue RASD n’est ni légitimement ni légalement fondée être partie prenante, d’une manière ou d’une autre, dans l’espace de libre-échange africain.

Le sommet de l’Union africaine (UA) réuni à Niamey, capitale du Niger, a adopté, lundi 8 juillet 2019, le traité de création de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). Le Maroc a été l’un des premiers membres à le signer. Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nacer Bourita a déclaré à cette occasion que cette opérationnalisation engage le continent sur la voie d’une «Afrique intégrée et prospère». Et d’ajouter qu’elle marque le début «d’un dessein collectif plus vaste»; qu’elle est l’expression d’un «nouveau modèle de co-développement inclusif, solidaire et efficient, au service du citoyen africain» et qu’elle devait être «un catalyseur du Made in Africa».

Dans le même temps, le ministre a tenu à bien cadrer le sens et la portée de l’adhésion du Maroc. Il a dénoncé l’aberration fragrante de l’adhésion de la prétendue RASD à cet accord continental. En signant et en ratifiant ce traité, le Royaume ne saurait accepter qu’une interprétation fallacieuse s’employant à retenir un tel acte comme «une reconnaissance d’une situation, d’un fait ou d’une entité qu’il ne reconnaît pas et qui menace son intégrité territoriale et son unité nationale». Rappelant la doctrine et des principes clairs, le ministre a souligné encore qu’il y a «une différence entre l’appartenance à une organisation et la reconnaissance des entités qui pourraient en faire partie mais que le Maroc ne reconnaît pas».

Il a précisé à cet égard que la prétendue RASD n’est ni légitimement ni légalement fondée à être partie prenante, d’une manière ou d’une autre, dans l’espace de libre-échange africain: pas de territoire si ce n’est les camps de Tindouf, en Algérie, pas de douane, pas de monnaie sauf le dinar algérien, pas de production ni de services à commercialiser, c’est tellement vrai que cette entité n’est membre d’aucune communauté régionale. Un tel recadrage était d’autant plus nécessaire pour dissiper des ambiguïtés et mettre à nu une fiction qui perdure depuis plus de quatre décennies. La RASD, c’est la vacuité, un angle mort dans l’articulation institutionnelle du continent.

Immense potentiel
Cela dit, les énergies et les potentialités africaines ne peuvent que gagner en se mobilisant sur l’essentiel, à savoir la création de pôles de croissance régionaux interconnectés, le développement des entreprises, l’accroissement des échanges commerciaux et des investissements intra-africains. Il faut y ajouter la mise en oeuvre de stratégies nationales, régionales et continentales devant concourir et promouvoir les PME/PMI, la facilitation du commerce et l’encouragement de la numérisation de l’économie africaine ainsi que le développement des voies de communication et de réseaux de transport performants. Le ministre a également insisté sur l’exigence «d’une volonté politique forte et solidaire en synergie avec les conditions d’une harmonie des intérêts nationaux».

Un immense potentiel donc que ce marché commun africain scellé par la création de la zone de libre-échange. Avec la signature du Nigéria –deuxième économie du continent et plus de 190 millions d’habitants– cette zone compte le nombre suffisant de ratifications pour être lancée officiellement au sommet de l’UA à Niamey. Le commerce régional va être dopé à terme avec la suppression des droits de douane sur 90% des produits dans un délai de cinq à dix ans. La suppression des barrières tarifaires permettrait alors de hisser à hauteur de 50% les échanges intra-africains, qui n’absorbent que 15% aujourd’hui.

Un autre chantier regarde la définition des règles d’origine permettant à un produit de se labelliser «made in Africa». La faiblesse du tissu industriel africain n’est pas moins contraignante. Les exportations africaines, tournées surtout vers les autres continents, sont pour l’essentiel constituées de matières premières. Une meilleure intégration régionale ne pourra qu’accélérer la diversification des économies en offrant à terme aux entreprises locales un marché potentiel de plus d’un milliard de consommateurs.

De quoi inciter à des politiques industrielles soutenant dans chaque pays des filières en mesure de s’intégrer dans des chaînes de valeur régionales et mondiales.


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