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Slim: "Bouzid président"



Slim est "l’anti-Tintin au Congo", car il traite des choses qu’il maîtrise, sans concession, ni paternalisme ou présupposé idéologique.

Bouzid Président est la dernière création de Slim, ce dessinateur algérien de génie. Un dessinateur de renom dont l’oeuvre a fait l’objet de nombreuses études universitaires. Cette première bande dessinée qui voit le jour au sein de La Croisée des Chemins raconte les aventures de ce personnage qui s’appelle Bouzid El-Besbesi de Ouled- Besbes, «un douar bien tranquille oublié par le plan quadriennal». Sa compagne s’appelle Zina. Bouzid et Zina ont un chat famélique mais sympa: El Gatt. Il ne les quitte pas d’une semelle. Le Besbesi a aussi un ami fidèle: Amzian Naït-Jeudi de Tizi Ouzou. «Comme c’est un marxiste, il n’a jamais eu de logement. Heureusement les hammams existent encore». «Depuis 1962, Bouzid a vu défiler la plupart des présidents algériens.» En avril 2018 «tout le monde veut devenir président», «même Bouzid. Et pourquoi pas?».

À travers Bouzid Président, «Slim dénonce -au pays où l’humour et l’autodérision font partie de la culture- les absurdités de tous bords des politiques despotiques ou obscurantistes, libérant la parole et illustrant les souffrances et le mal-vivre, témoin de sa génération, témoin de son temps», nous dit Djamila Cherif Berrada, sociologue- expert en communication, dans le postface de cette dernière BD de Slim. Et de continuer «son unique crédo: un esprit libre faisant écho aux nombreux maux de la société algérienne, en particulier, et de la société maghrébine, en général (condition de la femme, corruption, mal-vivre, liberté d’expression, etc.)».

Slim transcende le moralisme et nous laisse le libre choix de jouir de la beauté de son oeuvre, de son contenu et de son contenant. Tous les amateurs du «neuvième art» y trouvent leur compte. Au-delà des Algériens et des Maghrébins, Slim s’adresse à l’humain.

Personnages autochtones
Selon Belaid Bouimid, journaliste caricaturiste, «Slim est de ces dessinateurs maghrébins qui est venu donner un sens supplémentaire à la caricature, en la dotant du statut de bande dessinée, à part entière». Avec des scénarios, des constructions architecturales inspirées des Casbahs, des ruelles, des personnages autochtones, une narration ou même le flash-back est risqué, les vignettes, les bulles, les onomatopées tirées du réel socio-linguistique local, de la darija arabe ou...française ! Slim est «l’anti-Tintin au Congo», car il traite des choses qu’il maîtrise, sans concession, ni paternalisme ou présupposé idéologique, nous dit le même Bouimid. «Ni adepte du socialisme, dissous dans les spécificités locales, ni traditionaliste et encore moins élitiste». Il est tout simplement un «bouffon» (hlaïqi) qui rapporte et narre la noukta populaire, produit du génie d’un peuple à qui on ne la fait plus.

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