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Soufisme et Coaching de Patricia Lambert et Mouhcine Ayouche

Un ouvrage tonique qui restitue des échanges entre Faouzi Skali et Christian Lestienne.

Le cercle culturel animé par Leila Sebti a accueilli à Casablanca, vendredi 26 avril 2019, une présentation suivie d’un débat autour du livre Soufisme et Coaching, publiant les échanges entre Faouzi Skali et Christian Lestienne organisés par Patricia Lambert et Mouhcine Ayouche. Une vingtaine de questions ont été retenues dans cet ouvrage de deux auteurs, de profils différents, le premier docteur en anthropologie religieuse et le second psychologue clinicien et coach. Accoler ces deux thèmes du soufisme et du coaching ne manque pas de hardiesse à propos d’une problématique qu’ils ne paraissent pas partager. Pourtant, il y a matière à creuser... Le soufisme, tout d’abord, c’est quoi? Une quête en soi, de soi aussi, pour l’accomplissement de l’Etre. Le musulman a en lui une foi, un élan, un potentiel; cet être-là doit s’accomplir. Le soufis aiment à rappeler ce hadith: «J’étais un trésor caché et j’ai aimé être connu. J’ai alors créé le monde afin d’être connu par Lui».

Ce «trésor caché», n’est-ce pas précisément le trésor divin, le «trésor de l’Etre», tant il est vrai que, comme le note Faouzi Skali, «le divin, c’est l’être dans sa plénitude » qui est caché à notre «conscience ordinaire. C’est dans cette perspective que s’inscrit le travail du soufisme». La voie soufie ne se réduit pas à une simple entreprise personnelle; elle déborde aussi sur le social et le collectif; elle s’accomplit en effet dans une société. dans la cité.

Horizontalité vs verticalité
Il vise à vivifier la religion, qui a connu bien des cycles d’assèchement parce que le référentiel était réduit à la lettre et non à l’esprit. Et le coaching alors dans cette problématique? Christian Lestienne le définit comme un métier ou une pratique qui veut devenir métier; il s’inscrit, à ses yeux, dans une démarche individuelle et de groupe. Pour autant, le coaching relève d’un registre bien distinct: il ne participe pas d’une tradition spirituelle. Mais il avance que tous deux relèvent d’une racine philosophique commune: celle de la maïeutique de Socrate -l’accouchement des esprits, les questionnements et, au final, l’esprit du questionné qui parvient à trouver en lui-même les vérités; faire émerger donc. Mais le soufisme va plus loin dans le déploiement de l’être. Il se situe également au-delà de la sphère privée de la personne, dans l’hypothèse académique globale qu’il peut apporter de l’intérêt aux autres et, partant, à la vie sociale.

C’est qu’en effet les objets ne sont pas de même nature ni de même portée. Le coaching a pour objet l’épanouissement de la personnalité. Le soufisme, lui, est la «boîte à outils» d’une quête de spiritualité visant le dépassement de l’individualité mais au-delà de la personne; «un être, comme cela été relevé, en tant qu’il est à la fois lui-même et différent des autres». D’une autre manière, le coaching c’est plutôt de l’horizontalité, à la différence de la verticalité de la spiritualité. Mais des ponts existent entre eux, des points de convergence.

Une interpellation continue
Des complémentarités? Le soufisme, passeur de culture? Le coaching laïc? Comment peuvent-ils se rencontrer? Des pistes ne sont pas à écarter sans doute. Le coaching, c’est le niveau de confiance en soi, de sécurité intérieure, de rayonnement et aussi d’assurance inspirée à autrui -une capacité de compréhension des problèmes et de leurs enjeux. Des recettes d’un bon coaching que l’on peut retrouver chez un maître soufi avec tout le cursus d’initiation (Akhlaq al insane, vertus humaines), Al Wassita al-uzmâ, Al firâssa, Alim et âmil, celui qui sait et celui qui fait). Pour Faouzi Skali, le soufisme, qui offre un cadre initiatique, nourrit aussi une philosophie de l’action et une pratique sociale. Cette spiritualité prend en charge et accepte l’altérité, la différence, l’autre, autrement dit «l’unité dans la diversité et la diversité dans l’unité».

Des échanges, des interrogations, un dialogue entre deux spécialistes relevant d’univers propres: une interpellation continue tournée vers l’accompagnement et l’épanouissement de l’individu. Une invitation à se risquer dans son univers intérieur.


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