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Une spiritualité agissante

Visite du pape François au Maroc

Le Maroc peut porter haut cette voix de la fraternité entre les trois religions révélées, parce que telle a été son histoire enrichie par la diversité de sa civilisation.

Quelle visite! Dans la mémoire collective, nul doute que la visite du pape François au Maroc, à l’invitation de S.M. Mohammed VI, sera un marqueur appuyé de plusieurs paramètres: celui d’un Islam marocain modéré, tolérant aussi; celui d’un dialogue interreligieux difficile mais nécessaire; celui, enfin, d’un humanisme décliné autour d’un autre «ordre» international de paix, de liberté et de coopération.

Il faut le dire: le Souverain pontife et le Commandeur des croyants partagent cette vision. Ils l’ont dit dans leurs discours respectifs, où bien des convergences se retrouvent. Hôte du Saint-Père, le Roi a prononcé une allocution d’accueil de près d’une quinzaine de minutes en quatre langues (arabe, français, anglais et espagnol). Le message était clair: montrer l’ouverture et optimiser ainsi la communication en direction de larges latitudes géographiques et culturelles.

Quel est l’état des lieux? Le Message divin est dénaturé, instrumentalisé. Sur quelles bases? Par «le déni de l’Autre»; une instrumentalisation fondée également sur d’autres théories scélérates. Le Maroc peut porter haut cette voix de la fraternité entre les trois religions révélées, parce que telle a été son histoire enrichie par la diversité de sa civilisation. Une symbiose qui voit des mosquées à côté des églises et des synagogues. Un Maroc où la Commanderie des Croyants est millénaire et où le Roi s’est vu confier une responsabilité, un cahier de charges, pourrait-on dire. Il est protecteur des croyants -et pas seulement des musulmans- et, à ce titre, il est garant du libre exercice des cultes. Ce que consacrent depuis 1962 toutes les constitutions jusqu’à celle de juillet 2011 (article 3).

«Chercher Dieu au-delà du silence», voilà l’un des messages du Roi, pour que des passerelles fécondes soient instaurées entre les religions et qu’elles puissent ainsi nouer et conforter un dialogue interreligieux. Ce dialogue-là reste insuffisant; il doit évoluer et se tourner davantage, au-delà de la tolérance, conduire à une plus grande ouverture réciproque des religions. Sur ce point, le Roi est catégorique: les radicalismes, religieux ou non, ne sont que l’expression de la méconnaissance de l’Autre. Le choc des civilisations dont on parle n’est, en dernière instance, que celui des ignorances...

Voilà pourquoi, dans cette même ligne, S.M. Mohammed VI considère que la réponse à donner aux radicalismes ne peut venir que de l’éducation; elle est le meilleur réquisitoire; et, dans cette approche-là, le plaidoyer qu’il fait pour que «soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation». Avec le Saint-Père, le Commandeur des croyants partage «la conviction d’une spiritualité agissante». Au service de quoi? Du bien commun. Cette spiritualité n’est pas formelle; bien au contraire, elle doit se traduire dans la vie sociale et ce par des actions concrètes. Celles-ci mettent au premier rang la générosité. A cet égard, le Roi a souligné qu’il a voulu faire de son règne l’expression d’une sollicitude particulière au profit des plus pauvres et des plus vulnérables. Comme en résonance, le pape François -dont le discours a été traduit en arabe- s’est situé dans ce même champ: celui du dialogue interreligieux et de la connaissance réciproque entre les deux religions. Le Saint-Père reprend à son compte l’un des points du discours royal en recommandant «la construction de ponts entre les hommes» marqués du sceau de la «convivialité, de l’amitié et, plus encore, de la fraternité».

Il a également fait état, en s’en félicitant, d’initiatives marocaines telle l’organisation de la Conférence internationale sur les droits des minorités religieuses dans le monde islamique, tenue à Marrakech, en janvier 2016 ou encore la COP 22 à Marrakech , en novembre de cette même année. Ce qui est en jeu, c’est la survie de la planète de Dieu, une véritable conversion écologique et ce pour un développement humain intégral, ne pénalisant personne. Comment ne pas relever, au final, que la terre d’Islam qu’est le Maroc est au premier plan d’une vision qui recoupe bien des aspects de celle du Souverain pontife? Dans la société marocaine, il a tenu à préciser que «les chrétiens se réjouissent de la place qui leur est accordée», qu’ils participent à l’édification d’une nation solidaire et prospère visant «le bien commun du peuple».


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