Terroriste à 75 ans!


10 ans de prison pour "Abou Taïb", un daechien au parcours gauchiste et jihadiste atypique


L’histoire de Abou Taïb est captivante vu d’abord qu’il est le terroriste le plus âgé condamné à ce jour, mais aussi et surtout, compte tenu son parcours gauchiste et jihadiste singulier.

Jeudi 13 septembre 2018, à la chambre criminelle de première instance chargée des affaires de terrorisme près l’annexe de la Cour d’appel à Salé, debout et s’accoudant péniblement sur le banc des accusés, l’air fatigué et consumé par l’âge, un septuagénaire avec une longue barbe frisée (né en 1943), père de six enfants, alias Abou Taïb/Abou Douâe, rompt une consigne à laquelle tous les accusés sont rôdés: il a demandé au juge s’il pouvait s’asseoir.

Autorisation accordée, retrouvant son souffle, ce vieux âgé de 75 ans commence alors à narrer son histoire sur un ton plein de chagrin et d’émotions. En 2013, il a pris l’avion pour la Turquie. De là il s’est infiltré en Syrie, plus précisément dans la localité de Rabia, ce qui était considéré dans un passé récent comme le dernier bastion rebelle stratégique dans la province côtière de Lattaquié (ouest du pays), pour (d’après ses dires) retrouver son fils, parti combattre pour les rangs de Daech. Et c’est là où, ayant participé à une bataille aux frontières avec l’Irak, il sera gravement blessé par une bombe.

Une blessure dangereuse qui lui a coûté un bras. Au banc des accusés, Abou Taïb n’était pas seul. Il était le troisième accusé à attendre son jugement ce jour-ci, en sus d’un vendeur ambulant originaire de Tinghir, embrigadé par le mouvement Cham Al Islam puis dépêché en Syrie pour le jihad ainsi qu’un commerçant natif de Fnideq, poursuivi, lui, pour préparation d’actes terroristes au Maroc. Mais son histoire est plus captivante vu d’abord son âge mais aussi et surtout, son parcours gauchiste et jihadiste singulier. Avant d’embrasser l’idéologie de l’islamisme radical, Abou Taïb était un activiste de l’extrême gauche! Encore jeune, il a rallié les mouvements de gauche, notamment Ila Al Amam (En avant) et «23 Mars». Puis, il a rejoint les rangs de quelques partis politiques et mouvements syndicalistes avant de changer son fusil d’épaule.

Il a ainsi rejoint Jamâat al-tabligh (Mouvement pour la prédication), puis Chabiba Islamya (Jeunesse islamique), en passant par le mouvement At-tabyenne et le Mouvement des Moudjahidine au Maroc. En l’an 2000, Abou Taïb, imbibé d’idéologie radicale et prêt à porter son activisme à un palier supérieur, renforce les rangs du mouvement salafiste jihadiste surtout la cellule de Robert Antoine, alias Yacoub, un islamiste français détenu au Maroc et condamné en 2003 à la peine à perpétuité pour sa participation à un réseau terroriste. Il a fallu seulement quatre ans avant qu’il ne soit démasqué par les limiers de la fameuse Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ).

Il est jugé et écope alors d’une peine d’emprisonnement de 2004 à 2006. Durant la période de son incarcération à la prison locale Salé 2, il s’est lié d’une amitié avec le Marocain Ibrahim ben Chekroun, émir du Mouvement Cham Al Islam et l’un des déportés de la prison de Guantanamo au Maroc qui, après avoir été libéré, quitte le Maroc en destination de la Syrie où il a rendu l’âme sur un champ de bataille.

C’est d’ailleurs l’émir Ben Chekroun qui a accueilli Abou Taïb quand il s’est infiltré, en 2013, en Syrie via Istanbul, en Turquie. Il est apparu, une Kalachnikov à la main, dans deux vidéos diffusées sur YouTube. Sa femme, sa fille, son fils et sa belle-mère l’ont rejoint ensuite. Sa fille s’est mariée, sans acte de mariage (avec Fatiha), avec un terroriste surnommé Abou Ikrima. Seulement, dix mois après, elle s’est suicidée chez elle, d’après la version de son mari. Une histoire dramatique mais qui ne lui a pas évité une peine de 10 ans de prison ferme.

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