Tori Suzuki, 30 ans, un Marocain d’adoption adepte de la permaculture

Tori Suzuki, franco-américano-japonais installé au Sud du Maroc - ©ph:DR

Un citoyen du monde qui chérit la terre


Pour Tori Suzuki, franco-américano-japonais installé au Sud du Maroc, la permaculture est “la solution pour sauver le monde.” Un savoir qu’il a à coeur de partager avec “ses frères”.

“Salam, Sidi”, vous lance dans  un darija parfait ce blond aux  yeux verts. Tori Suzuki est un  Marocain d’adoption qui aime  vivre en toute simplicité, à  l’ombre des oliviers et autres arbres fruitiers,  au contact de la terre et des multiples plantes  qu’il cultive aujourd’hui non loin de Marrakech.  Ce héros des temps modernes qui évolue loin  de la ville depuis plus de dix ans a choisi sa  cause: la permaculture. «C’est la solution pour  sauver le monde. Un monde où la terre est de  plus en plus ravagée par des modes non respectueux  de la nature et hérités de père en fils.  Un monde où l’on souffre de graves problèmes  de santé à cause de la pollution et de l’urbanisation  irraisonnée. Un monde où la qualité de la  nutrition fait de plus en plus défaut. Un monde  où la sécurité alimentaire est menacée…»,  s’indigne ce citoyen du monde qui incarne la  fraternité entre les peuples.

Lui-même est le fruit du métissage. Né à Paris  dans une famille aisée, d’un père franco-japonais  et d’une mère américaine, Tori a sillonné  le monde, traversant l’Europe, l’Amérique et  l’Asie. Il accumule les expériences et les découvertes,  apprend sur le tas dans l’école de  la vie en travaillant partout, mais toujours au  contact de la nature, dans la bijouterie, dans  des champs de pomme, de riz, dans des maisons  d’hôte, entre l’Inde et le Pakistan. Il s’installe  en 2008 à Marrakech et se marie à une  Berbère en 2014. Tout a commencé quand son  père, lui-même résidant au Maroc, l’a sollicité  pour l’aider à construire sa maison non loin de  Marrakech dans le respect de la nature et de  l’écologie. C’est là que, petite à petit, il se passionne  pour l’agriculture naturelle.

Pour en maîtriser les techniques, Tori, en autodidacte  pointilleux, a passé d’innombrables  nuits blanches à se documenter sur Internet  autour des différentes tendances, passant par  l’agro-écologie, la biodynamique, avant de se  focaliser sur la permaculture.

Un système en symbiose
Il commence alors à expérimenter cette approche  sur le terrain de son père, à Marrakech,  avant de développer cette expérience jusqu’à  ce qu’elle devienne sa raison d’être. «C’est une  méthode de design, une organisation qui va  mettre ensemble des éléments différents pour  former un système naturel en symbiose. Le but  est de fertiliser le sol et ses ressources pour en  tirer le maximum de bénéfice qu’on peut transformer  et revendre, sans dégrader la terre et le  système écologique», explique ce passionné.  Et d’ajouter: «J’ai eu de la chance dans la vie.  J’ai le devoir de partager mon savoir avec le  reste de mes frères». Ces mots simples, qu’il  prononce d’une voix sereine et profonde, il les  met en pratique sans répit et avec bonheur  chaque jour.

Ainsi, aujourd’hui, à 30 ans, Tori cultive sa  terre, celle de son père et transmet son expertise  à plusieurs agriculteurs. Il accompagne  plus d’une trentaine d’hectares dans plusieurs villages entre Marrakech et Agadir, continuant  à convertir à sa cause de plus en plus de citoyens.  Aussi, il ne cesse d’apprendre en  voyageant, en rencontrant «ses frères» et en  observant la nature. C’est ainsi qu’il s’inspire  des modèles de permaculture ancestraux qui  existent depuis plusieurs millénaires au Maroc  et qui fonctionnent encore aujourd’hui. Il est  question, par exemple, de ce système des oasis  qui longent les oueds vers Zagora et jusqu’à  Agadir.

Là, les cultures de palmiers abritent des polycultures  des différents types d’arbres, les caroubiers,  les oliviers, parfois les bananiers, des  pommiers… formant un système semblable à  celui des forêts naturelles et permettant à ces  éléments d’être solidaires et en symbiose pour  une meilleure productivité. Un paradis au milieu  du désert.

Laisser un commentaire