Tragédie de Bouknadel: Les parlementaires demandent des comptes au patron de l'ONCF



Le chauffeur du train navette rapide qui a déraillé mardi 16 octobre 2018 endossera-t-il, seul, la responsabilité de la mort de 7 voyageurs et des blessures graves de 125 autres ?

Le minaret est tombé, il faut pendre le coiffeur du coin de la rue. Ce proverbe marocain s’applique-t-il vraiment au cas d’inculpation du chauffeur du train navette rapide reliant Rabat et Kénitra qui a déraillé, mardi 16 octobre, faisant 7 morts et 125 blessés? Quel a été le motif de son inculpation? Le chauffeur conduisait en excès de vitesse, à 158 km/h, alors qu’il ne devait pas dépasser les 60 km, au niveau de l’aiguillage de Bouknadel (30 km de Rabat), là où le drame a eu lieu, précision apportée par le communiqué du procureur du Roi près du tribunal de 1ère instance de Salé.

Le chauffeur a été reconnu coupable. Pas son aide ou le chef du train, pour négligence? Pas non plus l’Office national des chemins de fer (ONCF) en la personne de son directeur général Mohamed Rabie Khlie, dont les défaillances et les retards des trains, toutes destinations confondues, sont légion, révélés au grand jour par la Cour des comptes?

Un rapport accablant
Et pourtant, l’ONCF a reconnu, dans un de ses innombrables communiqués publiés les deux premiers jours suivant la tragédie, avoir été alerté par certains passagers quant à des perturbations au niveau de la gare de Sidi Taibi, située à 10 kilomètres du lieu de l’accident de Bouknadel. L’office a par conséquent alerté les responsables de la gare de Kénitra, qui ont mené sur place une inspection des infrastructures et des installations dans cette zone, a-t-on ajouté. Les ingénieurs de l’ONCF n’ont toutefois pas constaté «de défauts ou de dégâts significatifs» à Sidi Taibi, affirme la compagnie ferroviaire.

Plusieurs témoignages postés notamment sur la page officielle de l’Office mais aussi sur les réseaux sociaux, après l’accident, affirment en effet que l’ONCF a été avisé du danger sur ce tronçon. Des extraits audio de trois conversation Whatsapp, présentées comme étant passées entre des techniciens salariés de l’Office, laissent entendre que des problèmes techniques avaient été signalées sur le tronçon Salé-Kénitra, précisément au niveau de la gare de Bouknadel, des jours avant l’accident.

Si ces témoignages demeurent, pour l’heure, de simples spéculations en attendant les résultats de l’enquête judiciaire, il faut dire que l’inculpation du conducteur du train, seul, n’a pas été du goût de plusieurs groupes parlementaires. «On ne cache pas le soleil avec un tamis», ce proverbe a été cité d’ailleurs par certains parlementaires comme pour exprimer leur mécontentement.

Lundi 22 octobre 2018 à la Chambre des représentants, lors d’une séance à laquelle Abdelkader Amara a été convoquée, les élus PJD, PAM, MP, Istiqlal et RNI-UC ont demandé au ministre de l’Equipement, des Transports, de la Logistique et de l’Eau, des éclaircissements sur l’accident. Le groupe parlementaire PAM a rappelé le rapport de la Cour des comptes publié en avril 2017, qui avait relevé un bon nombre de dysfonctionnements.

Nombre hallucinant de retards
En effet, l’état du matériel roulant (trains), les dysfonctionnements liés à la maintenance de toute l’infrastructure ferroviaire et les retards récurrents des trains avaient interpellé, entre autres, les magistrats de la Cour des comptes dans le dernier rapport de cette institution présidée par Driss Jettou. Les magistrats ont relevé aussi l’augmentation importante du taux d’accidents, principalement dus aux ruptures des soudures des rails, des défaillances des systèmes d’alimentation pour manque d’entretien et de suivi technique ainsi qu’une planification manuelle de la maintenance...

La Cour souligne également, dans la même lignée, que l’âge moyen de 47% des trains électriques circulant sur le réseau varie entre 30 et 38 ans, et entre 40 et 47 ans de 53% des trains à locomotives diesel. En plus, les trains passagers ont accumulé 19.646 minutes de retard durant 2015. De ce vieillissement pointé du doigt, le rapport de la Cour des comptes en fait une corrélation avec le nombre hallucinant de retards dont pâtissent les voyageurs chaque jour. Bref, le rapport est accablant à tous les égards.

Ne s’arrêtant pas en si «mauvais chemin», le groupe parlementaire du PJD a rappelé, au ministre des Transports, que les résultats d’anciennes enquêtes relatives à de précédents accidents dont les résultats n’ont pas été révélés au grand public. Le seront-ils un jour?

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