Un Ramadan pas comme les autres

La mosquée Hassan 2 © photo : AFP La mosquée Hassan II © photo : AFP

Ramadan est, par excellence,  le mois qui  s’accompagne toujours  d’un changement  notoire d’habitudes et  d’attitudes. Sociales, culinaires…  mais aussi religieuses chez les  fidèles musulmans qui tentent par  tous les moyens de se conformer  aux prescriptions religieuses pour  honorer ce mois et bénéficier de  ses bienfaits.


Il est 21 heures 15 minutes à la  mosquée Mohammadi au quartier  des Habous, patrimoine de la  ville de Casablanca qui exprime la  beauté de l’architecture coloniale  française inspirée des médinas traditionnelles  à laquelle promeneurs  et touristes ne résistent pas.  A cette heure, dans les rues,  une activité intense. Les fidèles  commencent à affluer en grand  nombre, à pied ou en voiture, pour  accomplir la dernière prière d’Al  Ichae avant les prières nâfilahs  (surérogatoires) dites “Tarawihs”.  Contrairement aux heures des  prières normales et obligatoires,  ces moments rassemblent beaucoup  plus de personnes de toutes  les tranches d’âge et de toutes les  catégories socio-professionnelles:  vieux, adultes, jeunes et enfants.  Il y en a qui viennent en famille.


«La forte affluence fait que si vous  arrivez tard, vous risquez de vous  retrouver dans les dernières rangées  ou d’accomplir la prière dans  la rue», lance Rachid Daher, la  trentaine, avocat stagiaire.  Comme Rachid, les jeunes disent  remplir leurs devoirs religieux  comme tout bon musulman. C’est  ce qui explique cette affluence  exceptionnelle. D’habitude il n’y  a que quelques rangées pour la  prière mais, pendant ce mois, il  arrive qu’on prie même en dehors  de la mosquée, faute de place.  «Ce mois est très spécial pour les  Marocains, qui sont de plus en  plus engagés dans la prière et particulièrement  dans les nâfilahs.  C’est un mois sacré avec tout ce  que cela comporte comme sens»,  confie-t-il.


Jeunes filles assidues
Bien que les hommes soient un  peu plus nombreux, les femmes,  aussi, viennent en nombre. Un  fait unique. L’habillement chez  les jeunes filles est adapté pour  la circonstance: les jellabas et les  foulards remplacent les tenues  modernes. Sokaina, la vingtaine,  vient faire ses nâfilahs à la mosquée  régulièrement. «Je suis trop  épuisée par les études, mais cela ne m’empêche pas d’accomplir les  Tarawihs à la mosquée. Ce mois  constitue une occasion d’implorer  le pardon de Dieu. Et nous devons  oeuvrer en vue de changer certains  de nos comportements en devenant  plus régulières dans l’accomplissement  de la prière pendant  toute l’année», déclare-t-elle.  Comme Soukaina, les jeunes filles  fréquentent les mosquées durant  le Ramadan et sont surtout attirées  par les nâfilahs, un moment de  piété singulier.


Mais que l’on se détrompe,  contrairement aux idées reçues,  le constat est qu’en dehors des  heures de nâfilahs, la fréquentation  des mosquées est de plus en  plus importante durant ce mois  sacré.  «C’est une exception très remarquée  cette année. Même en dehors  des Tarawihs, les mosquées sont  remplies durant toute la journée.  D’habitude, on ferme les mosquées  après l’accomplissement  des prières de la journée.


Mais,  pendant Ramadan, les mosquées  ne ferment plus leurs portes que  durant une heure et demie séparant  la fin des Tarawihs d’Al Ichae  et les Tarawihs d’Al Fajr», raconte  Larbi Mabsout, Imam d’une mosquée  à Mediouna. Une exception qui ne dure  qu’un mois? «C’est le constat  durant les années précédentes.  Mais, cette année, durant le  restant de l’année, les mosquées  étaient remplies de façon  exceptionnelle.
Un peu moins  comparativement au mois de  Ramadan, certes, mais elles  étaient combles tout de même»,  souligne Ahmed R., 27 ans, titulaire  d’une licence en études  islamiques.


Une exception?
Certains fidèles soutiennent  aussi que c’est tout à fait normal,  car le Ramadan reste un  mois unique parmi les douze de  l’année musulmane (hégire).


Donc, il faut être plus dévoué  pour les devoirs religieux, car les  bienfaits de ce mois sont incalculables.  Et tout musulman doit  en profiter pour avoir la grâce  de Dieu. Pour un fonctionnaire quinquagénaire, qui préfère garder  l’anonymat, cette ferveur  relevée au niveau des mosquées  peut être bien expliquée en partie  par la crise économique qui  fait souffrir des ménages endettés  jusqu’au cou et qui viennent  se réfugier dans les maisons de  Dieu ne serait-ce que pour trouver  la paix qu’ils ne retrouvent  plus chez eux. Economiquement  parlant, la crise est bien installée  et le surendettement des  familles est un fait avéré.


Spirituellement parlant, personne  ne peut savoir les véritables  motifs de cette grande  affluence à laquelle on s’est  habitué chaque année pendant  le mois de Ramadan, même si  elle est exceptionnelle cette  année. Une chose est sûre,  les Marocains sont attachés à  leur religion et ils le font savoir  beaucoup plus pendant ce  mois béni.


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