Visite de travail et d’amitié du président français au Maroc

S.M. Mohammed VI et le Président français, François Hollande. © Photo : AFP S.M. Mohammed VI et le Président français, François Hollande. © Photo : AFP

“Le coeur à gauche,  le portefeuille à  droite”. Au bout  de trois ans de  présidence de  la République française, François  Hollande a bien dû se résoudre à  cette maxime. Loin est le temps où  il privilégiait encore ses inclinations  gauchistes, du moins gauchisantes.  Dans le langage politique, on parle  de raison d’Etat. Trois ans au pouvoir  auront fini par le changer. Pas au point  de le griser, certes, mais la suprématie  de sa fonction l’impose: il se voulait  «président normal»; il l’est devenu, en  fait, par la force des choses.


Reléguée, un temps, au second plan,  la politique d’équilibre que la France  a, de tout temps, prônée au Maghreb  entre le Maroc et l’Algérie a été  remise au goût du jour. La visite que  doit effectuer, samedi 19 et dimanche  20 septembre 2015 dans la ville de  Tanger, M. Hollande, en est une  illustration éloquente. On se souvient  qu’en 2012, quelques mois après son  élection, le président français avait  choisi de visiter, d’abord, le voisin de  l’Est, alors que la coutume, si l’on peut  l’appeler ainsi, voulait que les locataires  du palais de l’Elysée débutent plutôt par  le Maroc.


  Certes, en même temps, il avait dépêché  son premier ministre de l’époque,  Jean-Marc Ayrault, dans la ville de  Casablanca inaugurer la nouvelle  ligne de tramway. Mais en coulisse,  la menace d’une cassure semblait, de jour en jour, sourdre, telle l’épée de  Damoclès. Rien de plus logique que le  Maroc et la France en soient presque  arrivés, par la suite, à la rupture.


Le coup d’estocade
Le climax en fut l’affaire Abdellatif  Hammouchi: le directeur général de  la surveillance du territoire (DGST)  –également nommé, en mai 2015,  à la tête de la Direction générale de  la sûreté nationale (DGSN)– était  convoqué par la justice française pour  une sombre affaire de torture; une  «procédure» jugée «cavalière» par le  ministère des Affaires étrangères et de  la Coopération, dans un communiqué,  publié deux jours après les faits.


En représailles, la coopération  judiciaire entre le Maroc et la France  est, sans délai, suspendue par le  Royaume, tandis que le feuilleton  continue pendant près d’une année  de rythmer les relations entre les deux  pays. Jusqu’à la réception, en janvier  2015, du roi Mohammed VI par M.  Hollande dans la capitale de la France,  Paris. L’Elysée se félicite même, à cette  occasion, dans un communiqué, d’un  «partenariat d’exception», ce «dans  tous les domaines». Entre-temps, on  peut même parler de basculement  pro-marocain.


A titre d’illustration, la visite de  M. Hollande à Alger, en juin 2015,  ne dure que quelques heures.  En comparaison, celle de 2012  s’était étalée sur deux jours. Mais  le coup d’estocade est surtout le  choix, quelques jours plus tard, du  constructeur automobile français  PSA Peugeot Citroën d’implanter  une usine au Maroc, dans la ville de  Kénitra, plutôt qu’outre-Moulouya.  L’usine, censée entrer en service à  l’horizon 2019, pourrait produire  jusqu’à 200.000 véhicules et 200.000  moteurs par an, et générer quelque  4.500 emplois directs et 20.000  indirects. A côté, l’usine inaugurée  en novembre 2014 par Renault dans  la ville d’Oran (25.000 véhicules,  350 emplois directs) fait pâle figure. D’aucuns diront qu’il s’agit d’un choix  des constructeurs, non de l’Elysée.  Ce serait, cependant, ignorer la  proximité, voire le partenariat actif de  la présidence française avec les milieux  d’affaires dans l’Hexagone.


Ainsi, la visite de M. Hollande à Tanger  semble participer de la confirmation de  la fin de la parenthèse de la brouille.  Comme un symbole, M. Hammouchi  devrait se voir attribuer les insignes  d’officier de la Légion d’honneur par  le président français. La visite, au  demeurant, s’inscrit dans un cadre de  travail, mais «aussi», précise l’Elysée  dans un communiqué, lundi 14  septembre 2015, «d’amitié».


Lutte contre la radicalisation
L’occasion d’«un très large échange  de vues», ajoute-t-il. Entre autres  domaines concernés, celui de «la lutte  contre la radicalisation», mentionne la présidence française. La coopération  en la matière a repris de plus belle,  ces derniers mois. En mai 2015, à  l’occasion de la 12ème réunion de  haut niveau France-Maroc, accueillie  par Paris, les deux pays avaient décidé  de renforcer les mécanismes de leur  coopération, notamment en matière  de retour d’informations dans le  cas des enquêtes conjointes, avait  rapporté l’agence de presse officielle,  la Maghreb arabe presse (MAP).


En outre, «le développement  économique», mais aussi la  présidence, par la France, de la  Conférence de l’Organisation  des Nations unies (ONU) sur les  changements climatiques «COP21»,  prévue en novembre-décembre 2015  à Paris, et celle du Maroc de la 22ème  édition de la conférence «COP22»,  attendue fin 2016 dans le Royaume, devraient être évoqués. M. Hollande  doit être accompagné de quatre  ministres, dont deux qui sont d’origine  marocaine: il s’agit de Najat Vallaud-  Belkacem, la sémillante ministre  de l’Education nationale, et de sa  collègue au gouvernement Manuel  Valls, Myriam El Khomri, nommée  récemment, le 2 septembre 2015, au  ministère du Travail.


Une solution négociée
Pour l’anecdote, Mme El Khomri  a, jusqu’à l’âge de neuf ans, vécu  à Tanger, avant de plier bagage,  en compagnie de sa mère, vers  l’Hexagone. Nul doute qu’elle  devrait se rappeler le souvenir de  l’«effervescence», de la «plage», de la  «friture de poissons» de son enfance,  comme elle le confiait mi-2014 à la  presse française.  La délégation doit également comprendre le ministre des Affaires  étrangères, Laurent Fabius, et le  ministre de l’Intérieur, Bernard  Cazeneuve. Les deux se sont déjà  déplacés, cette année 2015, au  Maroc, le premier en mars, le second  en février.


Enfin, il est prévu que M. Hollande  apporte son soutien à l’initiative  marocaine pour la négociation d’un  statut d’autonomie de la région du  Sahara.  La position de la France est qu’il s’agit  d’«une base sérieuse et crédible pour  une solution négociée». Elle avait  salué, en avril 2015, l’adoption par  le Conseil de sécurité de l’ONU de la  résolution 2218, prorogeant le mandat  de la Mission des Nations unies pour  l’organisation d’un référendum au  Sahara occidental (MINURSO) jusqu’en  avril 2016.


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